Eczéma et atopie :  Comprendre le terrain pour mieux traiter la peau

Eczéma et atopie : Comprendre le terrain pour mieux traiter la peau

Catégories : SANTE

Dans le langage courant, les termes d’atopie, de dermatite atopique et d’eczéma sont souvent confondus. Pourtant, ils correspondent à des réalités différentes qu’il est essentiel de distinguer pour comprendre la maladie.

L’atopie n’est pas une maladie en soi, mais un terrain constitutionnel. Elle se caractérise par une peau naturellement sèche, fragile et insuffisamment protégée.

La dermatite atopique correspond à l’expression inflammatoire de ce terrain. Elle se manifeste par une peau sèche, des rougeurs et des démangeaisons.

L’eczéma atopique représente un stade plus avancé, où apparaissent des lésions visibles et évolutives : rougeurs, vésicules, suintements, croûtes puis assèchement. Il est fondamental de comprendre que l’on peut être atopique sans jamais développer d’eczéma.

Une prédisposition fréquente, surtout chez l’enfant

Le terrain atopique est très répandu dans la population. On estime aujourd’hui qu’environ une personne sur trois présente cette prédisposition. Cependant, seule une minorité développera une dermatite atopique, et une proportion encore plus restreinte évoluera vers un eczéma.

Chez l’enfant, cette évolution est plus fréquente en raison de l’immaturité de la peau. Environ 10 % des enfants présentent un eczéma atopique, contre moins de 2 % des adultes. Dans la majorité des cas, lorsque la prise en charge est adaptée, l’eczéma du nourrisson tend à disparaître spontanément vers l’âge de 5 à 6 ans.

Néanmoins, il peut persister ou réapparaître plus tard, notamment dans des contextes de stress ou de déséquilibre émotionnel, soulignant l’importance des interactions entre le système nerveux et la peau.

Reconnaître les signes

Le terrain atopique se manifeste avant tout par une sécheresse cutanée persistante, sans lésions spécifiques. La dermatite atopique associe une peau sèche à des démangeaisons et à des zones inflammatoires, touchant préférentiellement les plis de flexion (coudes, genoux), le cou et les poignets.

L’eczéma atopique se caractérise par des lésions plus complexes, évoluant par poussées. On observe successivement ou simultanément : rougeurs,  des vésicules,  des suintements, puis des croûtes et un assèchement cutané. 

Chez le nourrisson, les lésions touchent fréquemment le visage, en particulier les joues, souvent aggravées par la salive et les frottements.Un signe clinique intéressant est la présence d’un pli sous la paupière inférieure, bien qu’il ne soit pas constant.

Une cause profonde : un défaut de barrière cutanée

Contrairement à une idée largement répandue, l’atopie n’est pas initialement une allergie. Il s’agit d’un déséquilibre du terrain, le plus souvent d’origine héréditaire, reposant sur une altération de la fonction barrière de la peau et des muqueuses.

Cette altération est liée notamment à : un déficit en acides gras essentiels,  une activité insuffisante de certaines enzymes, en particulier les désaturases, une organisation lipidique cutanée déficiente. 

La peau devient alors plus perméable, laissant pénétrer plus facilement les agents irritants et les micro-organismes. Ce phénomène favorise l’inflammation, puis secondairement l’apparition de réactions allergiques. Ce terrain s’accompagne fréquemment d’une fragilité digestive, traduisant une atteinte globale des surfaces d’échange de l’organisme.

Les soins locaux : restaurer la barrière cutanée

La prise en charge repose en premier lieu sur des soins locaux adaptés et réguliers. L’objectif est de : réhydrater la peau,  restaurer le film lipidique,  réduire l’inflammation. 

On privilégiera des préparations riches en acides gras essentiels, sous forme de crèmes, baumes ou cérats, associées à des agents protecteurs comme le beurre de karité. Les produits d’hygiène doivent être choisis avec soin. Il convient d’éviter les formulations agressives, notamment celles contenant des dérivés pétrochimiques ou des agents émulsifiants de type PEG, tels que PEG-7 Glyceryl Cocoate ou PEG-6 Caprylic/Capric Glycerides. Des alternatives plus douces, comme les liniments ou les savons traditionnels, sont préférables. Une huile est à privilégier : l’huile de carthame (voir l’article sur le sujet ) 

Certaines plantes médicinales peuvent utilement compléter les soins  : Elles figurent au premier plan de la gamme de soin eczebio  la nigelle pour ses propriétés anti-inflammatoires,  la camomille pour son effet apaisant, la saponaire pour sa douceur nettoyante. 

En cas de lésions suintantes, l’utilisation de l’Éosine permet d’assécher la peau. En présence d’un risque infectieux, on pourra recourir à des antiseptiques doux comme l’Eau de Milian ou le Permanganate de potassium dilué. Dans les formes plus sévères, un traitement dermatologique, notamment par dermocorticoïdes, peut être nécessaire, mais doit rester ponctuel et encadré.

Les soins généraux : corriger le terrain

Une approche purement locale est souvent insuffisante. Il est essentiel d’agir également sur le terrain. La supplémentation en acides gras essentiels joue un rôle majeur. L’Huile d’onagre, riche en acide gamma-linolénique (GLA), contribue à la synthèse de médiateurs anti-inflammatoires.

Elle est idéalement associée à la Vitamine E, qui protège les lipides de l’oxydation.

Par ailleurs, la prise en compte du microbiote intestinal est essentielle. Un déséquilibre de la flore digestive est fréquemment observé chez les sujets atopiques. L’utilisation de probiotiques spécifiques, tels que Eczebiophilus, permet de restaurer cet équilibre et de moduler la réponse inflammatoire.

Ces deux compléments doivent être utilisés en cure de 6 mois pour obtenir vraiment une amélioration du terrain atopique 

Évolution et pronostic

Dans la majorité des cas, l’eczéma atopique de l’enfant évolue favorablement.

Une prise en charge précoce et globale permet généralement une amélioration en quelques mois et une disparition progressive au cours de l’enfance.

Cependant, des récidives restent possibles, notamment en cas de stress ou de déséquilibre du terrain.

Prévention : agir dès le plus jeune âge

Certaines stratégies permettent de limiter le risque de développement de l’eczéma atopique. Le soutien du microbiote, notamment par un probiotique particulier  (le lactobacillus rhamnonus) administré à la mère puis à l’enfant, semble jouer un rôle préventif.

L’apport en acides gras essentiels est également bénéfique. Dans certains cas, l’éviction du lait de vache peut être envisagée, non pas uniquement pour des raisons allergiques, mais pour préserver l’équilibre du microbiote intestinal.

L’eczéma atopique ne doit pas être considéré comme une simple maladie de peau. Il s’agit de l’expression d’un déséquilibre global du terrain, impliquant la peau, les muqueuses, le métabolisme lipidique et le microbiote.

Une prise en charge efficace repose sur une approche intégrée : soins locaux adaptés, correction des carences, rééquilibrage du microbiote.  C’est en traitant à la fois les symptômes et la cause profonde que l’on peut obtenir une amélioration durable, voire une disparition des manifestations atopiques.

Articlé rédigé par le Docteur Paul Dupont.

Sawangjit R et al. Systemic treatments for eczema : a network meta-analysis. Base de données Cochrane des revues systématiques 2020, numéro 9. Art. No. : CD013206. DOI:10.1002/14651858.CD013206.pub2

Mortz CG et al. Atopic dermatitis from adolescence to adulthood in the TOACS cohort : prevalence, persistence and comorbidities. Allergy 2015;70(7):836-45

NICE (décembre 2007), Eczéma atopique chez l'enfant Prise en charge de l'eczéma atopique chez l'enfant, de la naissance à l'âge de 12 ans.

Sawangjit R et al. Systemic treatments for eczema : a network meta-analysis. Base de données Cochrane des revues systématiques 2020, numéro 9. Art. No. : CD013206. DOI:10.1002/14651858.CD013206.pub2

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https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/36161401/

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https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/33916192/

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